DES ARTICLES DE JOURNAUX SUR LA MORT D'EMMANUEL BOUCHET

Voici quelques articles de journaux parus sur les décès mystérieux d'Emmanuel Bouchet, retrouvé dans la ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques), près de la gare, dans le canal Heïd, et d'Hervé Boy, retrouvé à Orthez (Pyrénées-Atlantiques), dans un autre canal, celui de la minoterie Heïd.

L'inquiétude pour Emmanuel

Sud Ouest
Béarn départementale, mardi 17 mars 1998, p. D

DISPARITION

Emmanuel Bouchet, un Palois de 18 ans, n'a plus donné de nouvelles depuis une semaine. La famille s'inquiète

Où est passé Emmanuel Bouchet ? Sa famille et ses proches sont aujourd'hui gagnés par l'inquiétude. Ce jeune Palois, âgé de 18 ans, n'a plus reparu au domicile parental depuis une semaine, le mardi 10 mars au soir très exactement. Les circonstances sont troublantes : selon ses proches, il aurait dit qu'il se rendait au quartier du Triangle Mayolis (le quartier des bars à Pau) et serait sorti simplement vêtu (une surchemise à carreaux rouge et noir, un jean bleu, des tennis, voire un pull vert clair col camionneur). Pas de sac, pas de papiers ni d'argent ni d'habits pour entamer un voyage. Depuis lors, plus rien.

Le garçon est décrit comme sans histoires par ses proches. Élève au lycée d'enseignement professionnel de Morlaàs, il est spécialisé en cuisine et travaille dans une boulangerie du centre-ville palois. Mercredi 11, il ne s'est pas présenté à son poste. Emmanuel Bouchet étant majeur, les services de police ne peuvent entamer de procédure sans délit avéré. Aussi en sont-ils réduits aujourd'hui à mener des recherches dans l'intérêt de la famille. Celle-ci, qui craint le pire, demande à Emmanuel de se manifester au cas où il aurait de son propre gré quitté son domicile. Elle précise que le garçon présente un signe particulier : il lui manque une phalange au majeur de la main gauche.

Toute personne susceptible d'apporter des informations relatives à la disparition d'Emmanuel Bouchet est invité à appeler le 05.59.02.89.87 ou le 05.59.30.26.33.

Un cadavre dans le canal

Sud Ouest
Béarn départementale, lundi 23 mars 1998, p. C

PAU

Emmanuel Bouchet avait disparu depuis le 10 mars. Son corps a été repêché dans le canal Heïd hier matin

Qu'est-il arrivé à Emmanuel Bouchet ? La question restait entière hier après la découverte de son corps opérée vers 11 h 30 dans le canal Heïd, en plein centre-ville de Pau. Les pompiers sont intervenus derrière le petit pont situé au pied du funiculaire pour extirper la dépouille du malheureux des eaux dormantes et de la vase. C'est un passant qui avait donné l'alerte quelques minutes plus tôt.

Emmanuel Bouchet, un jeune homme de 18 ans domicilié à Pau, avait disparu du domicile parental depuis le 10 mars dernier. Sa famille, très inquiète, avait alerté les autorités et sollicité « Sud-Ouest » afin de diffuser un avis de recherche dans notre édition du 17 mars. Le jeune homme s'était rendu dans le quartier palois du Triangle ce mardi soir 10 mars. Depuis lors, il n'avait plus reparu. Il ne s'était notamment pas présenté dans une boulangerie du centre-ville de Pau où il travaillait dans le cadre de sa formation délivrée par le lycée professionnel de Morlaàs. Il semble pourtant que des témoins l'aient vu déambuler en ville après cette soirée.

Une autopsie devrait être pratiquée aujourd'hui sur ordre du procureur de la République de Pau, saisi du dossier. En parallèle avec l'enquête des services de police de la ville, elle permettra peut-être de déterminer les causes de la mort. Le cadavre avait sans doute séjourné quelques jours dans l'eau du canal avant sa découverte. Aucune hypothèse n'était hier soir à écarter : acte désespéré, accident ou crime.

Un cadavre dans le canal

Sud Ouest
Lundi 23 mars 1998, p. 3

PAU

Le corps sans vie d'Emmanuel Bouchet, 18 ans, a été repêché hier, vers 11 h 30, dans le canal Heïd à Pau, au pied du funiculaire de la ville. C'est un passant qui a alerté les secours. Emmanuel Bouchet avait disparu du domicile parental depuis le 10 mars dernier. Élève au lycée professionnel de Morlaàs, il travaillait par ailleurs dans une boulangerie paloise, mais ne s'y était plus présenté depuis cette date. Les policiers menaient depuis lors des recherches dans l'intérêt des familles. Hier soir, aucune hypothèse n'était écartée quant aux causes de la mort : acte désespéré, accident ou crime. Une autopsie devait être pratiquée aujourd'hui.

Examen sur la victime du canal Heïd

Sud Ouest
Béarn départementale, mercredi 25 mars 1998, p. A

PAU

Le corps d'Emmanuel Bouchet, 18 ans, ce lycéen découvert mort dimanche matin dans le canal Heïd, à Pau, a été autopsié, hier selon les instructions du parquet de Pau, afin de déterminer l'origine du décès. Aucun élément nouveau ne semblait s'être imposé, hier soir, à propos de cette tragique disparition qui fait se poser des questions.

Appel à témoins

Sud Ouest
Béarn départementale, jeudi 26 mars 1998, p. A

PAU

Les policiers du commissariat de Pau continuent à enquêter sur les circonstances du décès d'Emmanuel Bouchet, ce jeune Palois retrouvé mort dans le canal Heïd dimanche matin (nos précédentes éditions). Ils demandent à toute personne susceptible de les renseigner sur l'emploi du temps du malheureux entre le 10 mars (soir de sa disparition) et le 21 mars (date probable du décès) de les contacter au 05.59.98.22.22. L'hypothèse du suicide est envisagée.

Le noyé est identifié

Sud Ouest
Mardi 14 décembre 1999, p. 7

ORTHEZ

Le cadavre retrouvé noyé, samedi matin, dans le canal de la microcentrale de la minoterie d'Orthez (voir « Sud-Ouest » d'hier), a été identifié. Il s'agit d'Hervé Boy, 24 ans, de Tarbes.

Il a pris le train en gare d'Hendaye, vendredi 10 décembre, à 17 h 40, pour se rendre à Tarbes. On ne connaît toujours pas les raisons pour lesquelles il est descendu à Orthez. On sait cependant qu'il aurait vécu dans cette ville il y a quelque temps.

Une autopsie devait être pratiquée hier, lundi, à 19 heures.

La brigade des recherches d'Orthez lance un appel à témoins aux voyageurs ayant pris le train, vendredi, sur le trajet Hendaye-Tarbes (train Irun-Vintimille, Irun-Genève), via Dax, Orthez, Pau, notamment aux passagers partis d'Hendaye (17 h 40), ceux qui sont descendus à Orthez (aux environs de 20 heures), ainsi qu'aux personnes se trouvant à cette heure-là à proximité de la gare d'Orthez. Téléphoner à la gendarmerie d'Orthez, 05.59.69.10.25 (postes 630 à 633).

L'autopsie n'a rien appris

Sud Ouest
Béarn départementale, mercredi 15 décembre 1999, p. A

NOYÉ D'ORTHEZ

Le corps du Tarbais de 23 ans, Hervé Boy, découvert mort, samedi matin, dans le canal de la minoterie d'Orthez, garde son mystère. La raison du décès n'est pas évidente : l'autopsie pratiquée lundi soir, à Pau, n'a pas été de nature à la déterminer. La petite quantité d'eau trouvée dans les poumons de la victime ne permet d'affirmer en effet avec certitude que le jeune homme est mort par noyade ; par ailleurs, aucune trace de coup ou de violence n'a été relevée sur le corps.

La recherche des causes de la mort va se poursuivre par des analyses toxicologiques dont les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines.

Hervé Boy, était connu de la justice dans les Hautes-Pyrénées où son nom était apparu dans des procédures relatives à des affaires d'infraction à la législation sur les stupéfiants. Sa dernière condamnation remonte au 2 décembre dernier : ce jour-là, le tribunal de grande instance de Tarbes l'avait condamné à trois mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans ainsi qu'à une obligation de soins pour des faits de destruction et de dégradation.

Le « suicidé », blessé, aurait rampé jusqu'au canal

Sud Ouest
Béarn départementale, mercredi 5 mars 2003, p. 2-2
Jean-Paul Chaintrier

PAU. La PJ a rendu ses conclusions sur la mort troublante d'Emmanuel Bouchet

Le 22 mars 1998, la découverte du cadavre d'un adolescent de 18 ans, Emmanuel Bouchet, dans le canal Heïd, près de la passerelle du stadium de la gare, à Pau, déclenchait une controverse. Alors que les premiers éléments de l'enquête privilégiaient la thèse du suicide depuis le boulevard des Pyrénées, la famille de la victime soutenait qu'il s'agissait d'un crime. Cinq ans après, la deuxième enquête confirme la première, sans satisfaire pour autant les parents et leur avocat, Me Blanco.

Il est vrai que plusieurs anomalies objectives sont de nature à entretenir un climat de trouble et de mystère. 1. De l'eau retrouvée dans les poumons d'Emmanuel Bouchet laisse supposer que son corps a été en contact avec l'eau avant le décès. 2. Le polytraumatisme dont a été victime le jeune homme (aucune lésion crânienne) est incompatible avec une chute de trente mètres depuis le belvédère de la place Royale. 3. Compte tenu des lois les plus élémentaires de la physique, même avec élan, un désespéré ne pouvait pas atteindre directement le canal situé à 130 mètres du lieu potentiel de sa chute. 4. Une des chaussures d'Emmanuel Bouchet avait disparu. 5. Des feuilles de palmier se trouvaient à côté de son corps alors que les palmiers sont distants de plusieurs mètres de l'endroit où gisait le cadavre.

Plainte contre X. En janvier 1999, les parents d'Emmanuel Bouchet déposèrent au cabinet du juge palois Thierry Pons une plainte contre X pour homicide volontaire. Une reconstitution eut lieu le 8 octobre suivant. Le 7 mai 2001, le magistrat instructeur saisit la police judiciaire sur commission rogatoire afin que ce service reprenne l'enquête initiale faite par la Sûreté paloise. Or, les conclusions de ces nouvelles investigations tendent à corroborer les premières.

Sur le plan affectif la thèse du suicide a paru plausible aux enquêteurs compte tenu du chaos sentimental et psychologique dans lequel Emmanuel Bouchet se trouvait à l'époque de sa mort.

Sur le plan pratique, le rapport propose une piste pour répondre aux énigmes soulevées. Emmanuel Bouchet se serait jeté du haut du boulevard des Pyrénées non pas à la hauteur du belvédère de la place Royale mais à hauteur de l'église Saint-Martin. Un palmier en contrebas aurait amorti sa chute, d'où l'absence de lésion crânienne ou cervico-céphalique. Simplement blessé, il aurait eu la ressource de ramper jusqu'au canal pour parachever son projet de mettre fin à ses jours, en entraînant des feuilles de palmier. Les prélèvements d'eau pourraient alors être contestés dans la mesure où ils ont été effectués ultérieurement sans que l'on ait la certitude qu'ils proviennent de profondeurs différentes. L'enquête de la PJ réfute l'immersion dans un lieu autre que le canal Heïd ; elle interprète comme une « signature » du jeune homme avant son suicide la présence de son vélo, cadenassé près de la gare supérieure du funiculaire avec sa surchemise soigneusement pliée ; et elle déplore, implicitement, que les SDF et toxicomanes qui logeaient à l'époque dans les renfoncements du mur de soutènement du boulevard des Pyrénées, près du palmier aux branches arrachées, n'aient pas été entendus pour la recherche d'indices dans ce secteur.

« Farfelu ». Me Blanco le déplore également. L'avocat de la famille Bouchet, partie civile, commente : « Il y a malheureusement une déperdition irréversible des preuves en raison de l'erreur initiale. Le temps joue contre la vérité. Néanmoins, les conclusions de la PJ sont pour mes clients une mauvaise surprise. Nous espérions que cette nouvelle enquête s'en tiendrait à la rigueur scientifique. J'ai l'impression que l'on cherche à recoller à la thèse du suicide en imaginant un scénario farfelu ».

Au nom des parties civiles, insatisfaites, Me Blanco a demandé au juge, fin février, de ne pas clore l'instruction et de poursuivre ses investigations en auditionnant un certain nombre de personnes de l'entourage de la victime.

Un juge qui a en charge un autre dossier de suicide contesté : celui d'Alain Dubois, survenu six mois après celui d'Emmanuel Bouchet, le 12 septembre 1998, toujours à Pau et dans le même secteur du boulevard des Pyrénées. Les parents de ce garçon de 20 ans, domiciliés dans l'Allier, n'acceptent pas non plus la thèse de l'acte de désespoir de leur fils. Eux aussi ont déposé une plainte contre X pour homicide volontaire. Une plainte dont l'instruction est toujours en cours. Détails troublants : le cadavre de Dubois ne portait lui aussi qu'une seule chaussure et une feuille de palmier a été retrouvée sur son corps.

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27/05/2006